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Nouvelles de Bolivie (3)

18 août 2016

DE POTOSI à LA PAZ

J´écris ces quelques lignes depuis La Paz, la capitale que j´ai rejoint hier au soir, en arrivant de Potosi, en passant par le centre minier de Siglo XX, là où je commençais à découvrir ce pays, en 1984. Il y a des choses qui ne changent pas ! comme les routes barrées pour protester contre le gouvernement et l´emploi de la dynamite, pour se faire entendre. Ainsi les mineurs des coopératives minières sont entrés en action depuis une semaine, perturbant toutes les communications, avec deux revendications principales : le refus de la création d´un syndicat pour les journaliers, employés par les sociétaires des coopératives ; ceux-ci perçoivent cette mesure comme une menace. La 2ème revendication concerne l´extension de leurs zones de travail, en accord avec les entreprises privées : l´Etat veut maintenir sa prépondérance sur ce terrain. Les négociations peinent, après une prise d´otages mutuels, entre forces de l´ordre et mineurs, et aujourd´hui, plusieurs d´entre eux sont en prison. La fédération des syndicats des mineurs se positionne contre les demandes des coopératives qui, en fait, sont des associations de petits ou grands producteurs, chacun á son compte. Le gouvernement, par manque d´une véritable politique dans ce domaine, se trouve pris en étau entre les coopératives qui font partie de ses appuis et des exigences de transformation du système actuel, justement réclamées par les syndicats, qu´il est sensé appuyer ! Quel mélange et quelles contradictions ! Je me suis retrouvé en plein dedans, avant de partir de Potosi. Le préfet avait organisé la remise d´un véhicule Toyota á l´institution des « Ecoles du Christ », une œuvre de l´Eglise qui a promu la scolarisation en milieu rural, en particulier pour les filles. Cette œuvre est conduite par les Franciscains. Rencontré par hasard dans le quartier de San Pedro (mon ancienne paroisse), ce préfet, ancien dirigeant du quartier, m´avait invité à venir échanger á son bureau, le mardi, veille de mon départ, ce qui m´avait paru une belle occasion d´entendre un autre son de cloche. En fait, la conversation s´est transformé en un acte publique de reconnaissance pour la labeur du P. Marmilloud ! avec remise du casque du mineur, avant la remise du véhicule aux 100 et quelques membres, professeurs des Ecoles du Christ, présents avec le P. Eugenio, un franciscain italien, depuis trés longtemps à Potosi. Ce fut l´occasion d´exprimer ce que j´ai appris à Potosi, le courage des familles des mineurs pour aller de l´avant, la capacité de résister aux épreuves, la force de l´évangile pour croire en la vie et ouvrir des chemins de solidarité, et demander, discrètement, que les demandes et les espérances de cette ville qui a vécu l´an dernier 27 jours de grève, sans réponse du gouvernement, soient entendues. La sortie de Potosi, avec les barrages en vigueur dans la région m´a amené á faire un détour de 7 heures de bus, une traversée de l´altiplano, pour moins de 10 euros, avec ses paysages uniques : immenses étendues désertiques, cactus et lamas qui respirent la vie à toute épreuve, en particulier la brûlure du froid comme celle du soleil.
La halte dans le centre minier de Siglo XX, fameux avec Domitila Chungara, palliri( femme qui travaille á l´extérieur de la mine) et responsable syndicale, une militante contre la dictature des années 70, a été riche de rencontres. Roberto, responsable émérite de la Radio PIO XII, du haut de ses 81 ans, est toujours avec un cœur qui bat au rythme de la vie de cette population et de l´évangile. Il était l´un de ceux qui me recevaient en 1984 et me demandait d´assumer la paroisse en remplacement d´un confrère malade. A peine arrivé, un des animateurs de la radio me demandait de commenter l´évangile du dimanche prochain pour son programme, l´évangile de la porte étroite. Juste avant, j´avais échangé avec Alicia, ancienne responsable de communauté de base. Nous avions partagé les hauts et les bas, depuis 32 ans, dans la communauté et dans la famille, la fidélité du Seigneur et les exigences d´ouvrir sans relâche les oreilles, les yeux, notre liberté á l´Evangile de l´Amour sauveur. L´échange avec le P. William, curé de la paroisse voisine, était différent : depuis une année, il affronte le cancer, un profond bouleversement dans sa vie de jeune prêtre, nous étions ensemble, juste avant mon départ, en 2001. Le soutien des paroissiens, des amis, la force d´une foi profondément renouvelée dans la confiance et la lutte pour vivre et continuer á servir, depuis une nouvelle conscience de la vie, voilà ce qu´il était heureux de me partager : la richesse de l´évangile de la Porte étroite pour entrer dans le royaume que je recevais, je pouvais du coup la retransmettre par les ondes de la radio.
Me voilà jusqu´à mardi prochain, logé au Séminaire de La Paz, retrouvant des séminaristes devenus prêtres et formateurs á leur tour, c´est beaucoup de joie et de reconnaissance dans mon cœur. Demain je visiterai le Projet de CONTEXTO, une ONG bolivienne que l´association Solidarité Bolivie appuie : elle fait un gros travail de formation/action avec les femmes/enfants de plusieurs quartiers urbains et ruraux ; je vais prendre contact avec les autres projets soutenus par notre association : EcoJovenes qui fait un travail de promotion grâce à la radio, Solsticio, un travail d´appui scolaire en lien avec les familles en difficulté, Sembrando Musica, un travail d´éducation à partir de la musique, j´espère pouvoir rejoindre les responsables d´anciens projets également, un beau programme pour cette dernière semaine. Eh oui, je vois poindre le retour, dans une semaine tout juste. Qu´est-ce-que je suis amené à dire ici de mon pays ? que nous passons par un moment d´épreuve : chômage élevé, terrorisme, manque de confiance en nous-mêmes pour affronter les réformes nécessaires, les défis à l´heure de l´Europe en crise, de la mondialisation, une Eglise en profonde transformation « vers une communion de petites fraternités profondément ouvertes les unes envers les autres, ouvertes aux différences, ouvertes aux plus démunis »- Le prochain message sera depuis Annemasse-
A très bientôt, fraternellement,

Pierre Marmilloud

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